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Lutte contre le narcotrafic : Marie-Laure Phinéra-Horth réclame des scanners intra corporels pour détecter la drogue ingérée

L’Assemblée nationale a adopté par une large majorité ce mardi après-midi, à 436 voix pour et 75 voix contre, la proposition de loi sénatoriale visant à sortir la France du narcotrafic. Mais pour les parlementaires d’Outre-mer, la loi ne va pas assez loin. La sénatrice de Guyane souhaite l’installation de scanners intra corporels et les députés des Antilles déplore le manque d’un volet spécifique aux Outre-mer, des territoires particulièrement concernés par les trafics de stupéfiants.

  • Par: adminradio
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Lors des questions au gouvernement du 2 avril, la sénatrice de Guyane, Marie-Laure Phinéra-Horth, vice-présidente de la commission d'enquête au Sénat sur l'impact du narcotrafic, a interpellé l’exécutif sur la nécessité de renforcer les mesures de lutte contre le trafic de drogue. Elle estime que la proposition de loi actuelle ne prend pas suffisamment en compte le phénomène des "mules", ces passeurs de cocaïne qui ingèrent des ovules de drogue au péril de leur vie.

"Chaque vol au départ des Antilles ou de la Guyane transporte des mules qui prennent des risques énormes", a-t-elle alerté, soulignant que si les contrôles ont ralenti le trafic, ils ne l'ont pas éradiqué. Selon elle, “la France doit s'inspirer des Pays-Bas et de la Belgique, qui ont déjà installé des scanners corporels capables de détecter la drogue ingérée”.

Les scanners à ondes millimétriques installés à l'aéroport Félix Eboué permet de détecter les objets dissimulés sur le corps. Il ne permet pas de détecter la drogue ingérée. 

Une réglementation à faire évoluer

En réponse, le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, a reconnu la pertinence de la demande : "Nous devons changer la réglementation qui considère l’utilisation de ces scanners comme un acte médical nécessitant l’aval des autorités sanitaires et nucléaires." Une réponse qu'avait déjà formulé son prédécesseur, Gérald Darmanin, lors d'un déplacement en Guyane en octobre 2022 à l'occasion des Assises de la sécurité.

L'actuel ministre a insisté sur l’urgence de cette adaptation pour protéger les mules elles-mêmes : "Ce qui est le plus dangereux, c’est que ces personnes mettent leur vie en jeu en transportant ces capsules."

Toutefois, le ministre n’a pas annoncé de mesure immédiate, préférant mettre en avant les efforts déjà déployés notamment le "100% contrôle" à l'aéroport Félix Eboué et le renforcement des contrôles à Paris : "En seulement trois mois, nous avons arrêté autant de mules que sur toute l’année 2024, et 4 000 refus d’embarquement ont été prononcés sur les aéroports parisiens."

Des réactions contrastées chez les parlementaires ultramarins

La proposition de loi contre le narcotrafic a été adoptée par une large majorité à l’Assemblée nationale, mais certains élus ultramarins ont regretté l'absence d’un volet spécifique pour les Outre-mer. Interrogé par RCI, pour Frantz Gumbs, député des Îles du Nord, cette loi doit cibler les véritables organisateurs du trafic : "Il ne s’agit pas de petits consommateurs ou de dealers de quartier, mais de réseaux internationaux qui font circuler des tonnes de drogue. Face à eux, nous devons être intransigeants."

D’autres, comme Frédéric Maillot, député de La Réunion, estiment que le texte manque de portée internationale : "Le trafic de drogue est un problème mondial. Une approche strictement européenne ne nous permet pas de répondre efficacement à la situation sur nos territoires."

Malgré ces critiques, la loi a été adoptée avec le soutien d’une majorité de parlementaires. Le député socialiste de Guadeloupe, Elie Califer, justifie ce choix : "Nous devons envoyer un signal fort. Il reste encore du travail pour adapter cette loi aux réalités locales, mais l’essentiel était de marquer notre engagement contre le narcotrafic."

Les deux textes, déjà validés par le Sénat, doivent maintenant être harmonisés en commission mixte paritaire avant leur adoption définitive dans les prochaines semaines.